April 18, 2009
A 16 ans, je me suis tué !
Un ami, à qui j'ai fait lire mes réponses à l'interview u journaliste de Têtu, me déconseille de raconter qu'à 15 ans, j'étais folle. Il pense que mon image de baroudeur viril et sportif risque d'en prendre un coup et que des lecteurs potentiels n'auront pas envie de lire les romans plus ou moins autobiographiques d'un mec qui avoue avoir été très efféminé quand il était ado Mais qu'y puis-je, puisque c'est la vérité ? A quoi bon répondre à une interview si c'est pour balancer des mensonges ? On n'est pas chez Drücker !
C'est vrai, ado, j'étais folle et tout le monde se foutait de ma gueule. Des voisins m'appelaient Mademoiselle, des condisciples m'insultaient, se moquaient de moi, m'avaient trouvé un surnom humiliant. Bon, et alors ? C'est à moi d'en avoir honte aujourd'hui ? Je pense qu'aucun de ces mecs, aucun de ces voisins ne se souvient plus m'avoir insulté. Tant mieux pour eux. Moi, je m'en souviens, et même encore maintenant, c'est toujours pénible. La honte brûle définitivement. A 35 ans, elle a même failli me faire perdre la tête.
Pour survivre, à 16 ans, j'ai tué la folle qui vivait en moi. Je ne le regrette pas une seconde, mais je n'en suis pas fier non plus. Je préfère ce que je suis devenu à ce que je serais aujourd'hui si je n'avais pas changé. Quand je vois, par exemple, la shampoineuse de la Nouvelle Star, je me dis que c'est tant mieux pour lui s'il est bien dans sa peau, mais je me préfère aujourd'hui, avec toutes mes frustrations et toutes mes ruptures, après avoir radicalement changé. Il y avait une folle en moi et je lui ai tordu le cou. Croyez-moi, ça demande plus d'énergie que vous n'imaginez. Elle ne s'est pas laissé faire, la folle. Elle a résisté, elle a voulu vivre, et franchement, qui oserait le lui reprocher ? Aujourd'hui encore, à certains moments, je la sens palpiter en moi. Elle est ma créature secrète, une espèce d'alien qui insiste pour ressusciter. Je ne le veux pas et elle ne reviendra pas. Mais je lui dois au moins de ne pas la renier. Après tout, c'est elle aussi qui m'a fait ce que je suis.
Voilà pourquoi je suis si sensible à l'histoire de Susan Boyle. J'ai été Susan Boyle et je n'ai pas voulu le rester. Cela n'a pas été facile. Mais il faut bien avouer que je n'avais pas, moi, ce don inespéré en moi.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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