June 20, 2009
De l'importance de laisser pousser les citrons
J'ai revu hier sur Canal un film israélien que j'avais adorél'an dernier : Les Citronniers, en hébreu : Etz Limon (ça, c'est pour faire mon intéressant), avec cette formidable actrice palestinienne, Hiam Abbass. J'adore ces films qui relatent un fait divers qui prend rapidement l'ampleur d'une parabole. La dernière scène, où l'on voit le ministre israélien et la femme palestinienne, chacun de leur côté, vaincus l'un et l'autre, est une scène formidable.
Je trouve le cinéma israélien souvent passionnant. Mon amie Hannah Kahana, que je connais depuis plus de trente ans et qui habite Tel Aviv, critique souvent le cinéma français, qu'elle trouve léger et superficiel. Je suis tenu de lui donner raison. Les égarements amoureux d'un dentiste amant d'une avocate que son mari cardiologue trompe avec une attachée parlementaire (ça, c'est pour faire politique), tout ça dans des appartements de 150 m2 minimum sont navrants de viduité (c'est bien, non, d'avoir réussi à placer ce mot ? Remarquez, en parlant du cinéma français, c'est quand même assez facile…).
Je suis un féroce partisan de la coexistence pacifique de deux états, israélien et palestinien, mais je ne pourrai jamais m'empêcher de ressentir un attachement plus fort pour Israël, en dépit de tout. Je dois trop à ce pays, qui m'a aidé à me remettre en ordre à 20 ans, alors que je sortais, délabré et déchiqueté, d'une adolescence douloureuse. J'ai aimé ce pays et je me suis aimé dans ce pays. J'ai aimé être ce garçon soudain enjoué et dynamique, d'une beauté suave et troublante (bon, ça, je l'ajoute a posteriori, mais merde, quoi, on a bien droit d'enjoliver ses souvenirs, et surtout soi-même dans ses souvenirs, non ?). Je ne dis pas que j'ai été follement heureux par la suite, mais je n'étais plus malheureusement folle, et c'était déjà ça de gagné.
Israël a laissé pousser le citron pressé et plein de pépins que j'étais alors… Bon, on va peut-être en rester là avec cette métaphore, car je sens qu'elle ne va pas nous emmener bien loin.
En tout cas, il m'arrive souvent de songer à l'année que j'y ai passée en 1970. Figurez-vous qu'à bord du bateau qui nous emmenait là-bas (le Moledeth - ça veut dire 'patrie'), je partageais une cabine avec un certain Jean-Christophe Mitterrand. Oui, oui, avec "Papa m'a dit" ! Avouez que j'ai une existence passionnante, non ? Non ? Vous avez sans doute hélas raison !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur De l'importance de laisser pousser les citrons »
Selon moi (et selon le Robert), viduité veut dire "état de veuf, veuve".
Les scénarios français sont peut être aussi ennuyeux que le veuvage, mais sont sans doute désespérant de vacuité…
des lecteurs exigeants et pointus qui ne vous passent rien.vous voyez bien que l'on ne vient pas seulement pour les jolis garcons mais pour votre prose,étudiée,que dis-je disséquée au mot près.difficile,hein d'etre le number one du blog! mais par pitié ne menacez pas de vous taire encore sous pretexte que vous etes vexé.