July 7, 2009
De l'importance d'être un romancier à part
Vous l'avez compris, c'est de moi que je parle.
Je viens de signer un contrat pour mes 17ème, 18ème et 19ème romans. Bientôt 20. Et toujours le même insuccès. A ce niveau-là, ça force l'admiration. Jusqu'au 10, 12ème, c'était facile et sans risque. Mais bon, on en est bien conscient, une telle absence de réussite, une telle série noire ne peut pas durer. Tôt ou tard, le succès peut survenir. A tout moment. Sans prévenir. Il suffit d'une bonne critique dans un média important, d'un passage à la télé, et zou, on dépasse les 20.000 exemplaires avant même d'avoir compris ce qui se passe. Croyez-moi, une telle série d'insuccès demande une attention de tous les instants. Il faut savoir choisir le sujet qui n'intéressera personne, créer des personnages dont on n'a pas envie de suivre l'histoire, inventer des péripéties plus navrantes les unes que les autres… C'est un boulot encore plus harassant que d'écrire un best-seller, c'est moi qui vous le dis.
Eh bien, cette réussite, ça va faire bientôt 20 romans que je parviens à lui échapper. Oh, j'ai mes instants de doute, allez ! Qu'est-ce que vous croyez ? Quand le tome 1 de Dolko est sorti, mon éditeur m'a dit : "Je sens que ça va marcher!" Je l'ai fait taire : c'est avec des prédictions de ce genre que l'on attire le mauvais sort. Dieu merci, il avait rêvé. Mais quand même, on l'a échappé belle. Moi, j'ai vu le moment où ça allait mal tourner cette affaire : on a quand même épuisé le premier tirage du tome 1. J'ai senti s'amorcer la spirale du succès, et là, oui, je l'avoue sans fard, j'ai balisé. Surtout quand Têtu a décidé de m'interviewer. Là, je l'ai eu mauvaise. Parce qu'enfin, depuis le début, Têtu me soutenait. Il n'avait parlé qu'une fois d'un de mes livres, heureusement pour ne rien en dire d'intéressant. Là, avec cette histoire d'interview, j'ai pensé : un article un peu favorable, une interview avec plein de phrases spirituelles et gay friendly comme tu sais faire, plus une photo de ta belle gueule de baroudeur buriné, et hop! on en est à la cinquième réédition avant d'avoir compris. Mais bon, je sais que je peux compter sur Têtu. Ils ne m'ont jamais lâché. Finalement, l'interview, ils l'ont plus ou moins enterrée. Juste un passage sur le site, et quand ils ont vu qu'elle commençait à intéresser du monde, ils ont été sympas, ils l'ont retirée aussi sec. Ils m'ont promis de ne pas la passer dans le magazine, et ils ont tenu parole. Ah, chez Têtu, croyez-moi, c'est pas des fiottes !
Je suis assez confiant sur les trois romans qui viennent. L'un d'eux est une nouvelle saga style Dolko, mais au Moyen Age; les deux autres sont des romans… j'ose à peine l'écrire… des romans hétéros, avec juste des petits morceaux d'homosexualité dedans. L'un raconte l'histoire d'une jeune femme de 35 ans qui cherche à récupérer son mari qu'une autre lui a piqué, et elle parle à la première personne. J'en entends quelques-uns qui crient au casse-cou. Peut-être, mais autrement, ça devient trop facile. Je dois hisser le niveau de difficulté. Sinon c'est pas de jeu !
J'ai déjà un projet pour mon vingtième roman : une petite lévytude, une mussoterie, un gavaldage. L'histoire d'une femme qui n'a jamais existé et qui se marie avec un mec qui n'a jamais existé non plus, mais leurs enfants, eux, existent vraiment, et alors… Mais à quoi bon ? Vous ne le lirez pas !
Un petit jeu divertissant à présent : si vous regardez brièvement la photo qui accompagne ce message, vous pouvez croire que notre jeune ami a droit à une gâterie de la part de Monsieur Propre !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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