August 8, 2009
Eloge de la perversité
J'aime bien les garçons pervers. Je n'emploie pas pervers, bien entendu, dans son sens dévoyé, celui de cochon, de salace, de gros dégueulasse. Non, je l'emploie au sens propre - si j'ose dire - de quelqu'un qui recourt à des voies détournées, qui adopte des comportements ambigus, qui se complaît à laisser croire, faire espérer… Hier, j'ai vu un film anglais intitulé "History Boys". Si, comme moi, "Le cercle des poètes disparus" vous a gonflés, vous aimerez ce film (qui date de 2006, quand même, je vous le dis pour que vous ne vous précipitiez pas sur les programmes des salles de votre bourgade…). Les Anglais en savent bien plus sur la nature humaine que les Américains, qui ont un peu trop tendance à croire tout ce qu'ils ont lu dans la Bible (je suis en train de RElire le Coran - voir post d'hier - et ce n'est guère plus brillant). La perversité n'a donc aucun secret pour eux. Le film raconte la dernière année de lycée d'une demi-douzaine de garçons, qui représentent assez bien toutes les typologies possibles. L'un d'eux a même hérité d'une double typologie, Juif et homo (pourquoi est-ce que ça me fait penser à quelqu'un ?). Parmi ces élèves, il y en a un qui est censé représenter le beau gosse, le dandy, le don Juan, le séducteur élégant et sans scrupules. Le garçon qui l'interprète n'est pas tout à fait mon genre, mais il a été fort bien casté. Il a dans le regard une perversité prometteuse. Bien entendu, il possède également une sensibilité très aiguisée. Il a deviné que leur jeune prof d'histoire n'est pas insensible au blé en herbe. Il s'amuse à le démasquer, à l'amener à se découvrir, et pour finir, il lui suggère de lui tailler une pipe (le prof à l'élève, pas l'inverse, le film reste réaliste). Le jeune acteur est terriblement plausible à ce moment-là. Même moi, dont il n'est pas le type, j'avoue que je n'hésiterais pas longtemps avant de dire oui. Probablement, je commencerais même tout de suite, là, dans la salle de classe (Un bon tiens vaut mieux…). On devine que ça va être un bon moment - unique mais exceptionnel. Le jeune pervers a certainement ce qu'il faut là où il faut (d'où sa terrible assurance). Il n'allume pas le prof, il a réellement l'intention de lui offrir cette gâterie, et c'est en cela qu'il est pervers. S'il avait l'intention de se refuser, il ne serait que fourbe, sournois, malhonnête, malsain. Un pauvre type. On peut tous citer une vingtaine de noms.
Quand je jouais au golf, à Etang-Salé, je partageais souvent la partie d'un garçon qui me plaisait intensément et qui était un peu pervers. Un peu, pas assez. Il se faisait peur lui-même quand il s'avançait sur ce terrain meuble. Un jour, par exemple, il me dit avant que je n'effectue un long putt de plusieurs mètres : "Si tu le rentres, je te suce!" Intéressant, non ? Voilà qui donne envie de se dépasser. Je suis l'homme de tous les défis, j'ai rentré le putt. S'il avait été idéalement pervers, mon partenaire m'aurait sucé entre le green du 16 et le départ du 17. Mais comme il ne l'était qu'à demi, il a éclaté de rire, un peu con, et m'a dit : "Je rigolais !"
Comme je suis pervers, je lui ai alors fait remarquer qu'étant hétéro, il eut été plus normal, plus logique, plus respectable aussi qu'il propose de me récompenser en me laissant le sucer - comme le garçon du film - et non qu'il m'offre spontanément cette caresse censé dégoûter un hétéro digne de ce nom.
Finalement, dans cette histoire, personne n'a sucé personne - et là, c'est le destin qui s'est montré pervers !
(Bien entendu, le choix de la photo d'aujourd'hui n'est pas innocent : ce beau garçon a l'air d'être tout ce que l'on veut, sauf pervers…)
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Laisser un commentaire