February 23, 2009
Fenêtre sur corps
Le premier matin, à la guest-house de Cape Town, je me suis réveillé de bonne heure. ll était à peine six heures. En tirant les rideaux, je me suis rendu compte que, dans la maison de l'autre côté de la rue, la télévision fonctionnait. Comme il devait s'agir d'un large écran plasma, je pouvais la voir distinctement. J'ai aperçu un beau garçon brun en gros plan, puis la caméra a glissé sur la poitrine du garçon (il était torse nu) jusqu'à découvrir une autre tête dont je ne voyais que la nuque, nichée au creux des cuisses du garçon. Il ne m'a pas fallu longtemps pour identifier un autre garçon en train d'apporter au premier un plaisir que l'on qualifie de buccal, non sans raison. Je ne voyais pas celui qui se régalait ainsi l'imagination devant son écran à une heure aussi indue : n'était-il pas encore couché ou venait-il de se lever, réveillé par un désir impérieux et impromptu ? Toujours est-il que, de ma fenêtre, je pouvais admirer avec netteté la plastique, et surtout l'enthousiasme évident des deux acteurs sur l'écran. J'ai hésité à manifester ma cinéphilie, puis j'ai renoncé.
Renseignement pris, la maison d'en face était bien occupée, non par un, mais par deux homosexuels, ce que l'on appelle en général un couple de garçons.
A propos de garçon, un matin, alors que je revenais de Calvinia, je me suis arrêté dans une station service pour acheter de l'eau, et là, pendant quelques secondes, j'ai croisé un garçon incroyablement beau et désirable : un grand et jeune mec blond au sourire aussi spontané qu'enjoleur, très bien découplé, qui avait l'air heureux de vivre - et pourquoi ne l'eût-il pas été ? Moi, rien qu'à le regarder, je me sentais déjà un peu mieux… Je n'aime rien tant que ces rencontres inattendues, comme un baiser volé, d'un superbe garçon sur lequel le destin semble s'être attardé un peu plus longtemps que sur nous autres, simples et ordinaires mortels.
Deux jours plus tard, à la terrasse du restaurant Andiamo, au Cap, j'ai passé mon dîner à regarder un jeune garçon qui n'était pas mon type, mais qui était mignon comme un coeur et qui, étrangement, était plus séduisant de profil que de face, sans doute parce qu'il souriait constamment et qu'alors sa bouche remontait joliment sur sa joue. Il n'était pas très épais, hélas. Je me suis demandé jusqu'au bout s'il était l'amant ou le fils de l'homme d'une quarantaine d'années avec lequel il dînait. Comme il semblait sincèrement joyeux d'être là et que je n'oublie jamais à quel point j'ai l'âme médiocre, j'ai décrété que c'étaient le fils et le père.
Le bonheur des autres est chose trop dangereuse pour ne pas être contemplé sans réserve et consommé avec modération.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie

Laisser un commentaire