May 8, 2009
Guillaume Musso
Hier soir, Guillaume Musso était au Grand Journal. Je ne l'avais jamais vu à la télé, seulement en photo. Il a une tronche assez inattendue pour un écrivain à succès. D'abord, il ne ressemble nullement à l'idée qu'on peut se faire d'un écrivain. Mais il est vrai qu'il n'en est pas un. Il est un romancier à succès. Il a une tête de beau-frère, ou de cousin qui se marie, une tronche gentille mais un peu molle. Il parle comme il écrit, pas très bien, en usant de clichés éculés. J'ai lu un livre de lui, je ne me rappelle plus le titre, mais je me souviens d'une phrase : "Ses larmes inondaient le sol." Impressionnant, non ? Pour du chagrin, c'est du chagrin. Il y en avait une autre sur une douleur qui transperçait le coeur et ravageait l'âme du personnage. On se dit que ça doit faire mal, une douleur comme celle-là, et c'était sans doute ce que voulait nous faire comprendre Musso. Il se réjouit de son succès et il a raison. Il dit qu'il écrit les livres qu'il a envie de lire. D'accord… Qu'il était ingénieur ou je ne sais quoi et qu'un accident de voiture, lui ouvrant les yeux, l'a conduit à écrire. On ne dira jamais assez les dommages de l'automobile et les effets collatéraux des accidents. Musso se moque des critiques négatives (j'imagine qu'il n'en a guère de positives dès lors qu'elles abordent le livre lui-même, et non son tirage). Quand il lit un article qui dit de mal de lui et dans lequel il repère deux ou trois fautes de français, il sourit avec indulgence. Un de mes lecteurs, qui le connaît, dit qu'il est sincère et qu'il s'applique. Je veux bien le croire. Il a une tête de lycéen pas très doué mais qui se donne un mal de chien pour satisfaire ses profs et contenter sa mère, veuve ou divorcée, qui se saigne aux quatre veines pour lui payer ses études.Il paraît qu'il réécrit six ou sept fois chaque roman. D'accord, mais si la bonne volonté était un critère littéraire, ça se saurait depuis longtemps.
Je n'éprouve pas plus de jalousie ou d'aigreur envers lui qu'envers Marc Lévy. Je trouve que L&évy est plus élégant et séduisant, mais il est sûrement moins sincère et bon garçon que Musso. Je sais qu'il y a une place - importante - pour ce genre de bouquins, mais bon, seuls les journalistes économiques ou sociétaux devraient s'y intéresser. D'ailleurs, même le bon Ali Baddou a eu du mal à dire deux ou trois choses inspirées. Il a laissé faire le travail à Denisot, qui est serveur de soupe depuis bien plus longtemps, et combien plus doué. Tout cela donnait l'impression d'une bonne petite émission qui tournait rond. Sans surprise, sans émotion, sans intérêt. Comme un roman de Musso.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Guillaume Musso »
"On ne dira jamais assez les dommages de l'automobile et les effets collatéraux des accidents."
bravo.
J'étais sure en venant ici de trouver cet article !
J'ai pensé à vous pendant le grand journal et je me disais vivement samedi !
100 % d'accord ! j'avais écouté Musso la veille sur Europe 1 avec Drucker et sur Canal c'était du copié collé, mais pire à la radio….
Pour M Lévy, je le trouve assez sexy…
Vous avez écrit tout ce que j'aurais voulu dire, mais comme je ne sais pas le faire, alors merci et bravo !
Si on m'avait dit il y a 7 mois que bien souvent je serais d'accord avec vous, je ne l'aurais pas cru !
Bonne journée !
Oui, on m'appelle ? Je suis peut-être le lecteur dont il est question, collègue de Guillaume Musso, enseigant (pas ingénieur : mettez donc sur le compte d'une mutation non souhaitée son premier roman, Skidamarink).
Et oui, on peut vendre énormément et être sincère, honnête et sympathique, ne jamais avoir la grosse tête et prendre le succès comme un cadeau qui vous tombe sur la tête !