July 19, 2009
Le fascisme, au début, c'est sympa !
J'ai revu hier le film "La vague". Je l'ai trouvé toujours aussi efficce. Et redoutable. Car on comprend bien à la fin qu'il ne peut y avoir de happy end. Le prof ne peut pas s'en sortir, même en disant la vérité, même en soulignant la facilité avec laquelle chacun d'entre nous peut sombrer dans le totalitarisme. Parce que c'est sympa, le fascisme, au début. Et ça le reste encore longtemps pour ceux qu'il n'exclut pas d'entrée. On porte de jolis uniformes, on chante de jolis chansons, on fait des feux de joie, on est entre amis, on croit aux mêmes choses, on rêve du même avenir, il y a toujours un beau mec dans le genre de celui-ci pour vous encourager à vous joindre au mouvement… Franchement, quand on considère le nombre de paumés (environ 90%, dont nous, plus 5% de débiles, plus 5% de gens miraculeusement inoculés contre ce virus, on ne sait pas pourquoi), le fascisme, au début, ça marche forcément avec tout le monde. Le problème, quand on parle de la deuxième guerre mondiale, n'est pas de savoir si on aurait collaboré ou non avec le fascisme, mais plutôt, quand on aurait rompu les ponts. C'est pour moi le plus grand mystère de cette guerre : qu'est-ce qui a pu inciter des gens aussi différents les uns des autres à dire Non immédiatement, dès juin 40 ? Je crois qu'on ne le saura jamais avec certitude, même en les interrogeant, car depuis ils ont forgé leur version définitive, pour ne pas dire leur mensonge. Il faut accepter la théorie selon laquelle c'est presque toujours le hasard qui a agi. Un grain de sable qui a tout changé dans la vie de certains individus. Je me demande même s'il ne fallait pas plus de courage et d'intelligence pour résister à partir de l'année suivante, ou même de 42. Au moins, là, la décision était réfléchie. Après 42, il ne vaut mieux pas s'interroger sur les motifs.
En ce moment, moi aussi, je résiste. Pratiquement tous les gens que je connais à la Réunion sont "hors du département", comme l'on dit ici. En métropole, pour la plupart. En vacances. Moi, je n'ai pas le sou pour prendre l'avion, alors je reste à Saint-Leu. Je garde la maison.
Je n'ai jamais eu aussi peu envie de me réveiller le matin.
Encore un matin… Encore combien de matins comme celui-ci ?
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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