February 26, 2009

Le paradis capitaliste

J'éprouve toujours un sentiment étrange en Afrique du sud, celui d'être un sale profiteur capitaliste. Je m'explique. L'Afrique du sud des villes appartient davantage à l'Europe qu'à l'Afrique. Quand on se promène dans Cape Town, on a l'impression d'être en France ou aux Etats-Unis plutôt qu'en Tanzanie ou au Kenya. Oh oui, et pas qu'un peu ! On est donc forcément surpris de constater à quel point la vie paraît peu chère, là-bas, pour un revenu européen. On y déjeune bien pour moins de 15 euros, on y dort pour 30, on fait le plein d'essence pour 20 et on y voit un film pour 2 euros l'après-midi, 4 le soir. C'est un vrai bonheur d'y sortir sa carte bleue ! A tel point qu'on finit, quand on est un garçon aussi sensible et foncièrement généreux que moi, par éprouver un sentiment, sinon de honte, du moins d'embarras. On se retrouve un peu dans la peau du mec qui rachète à bas prix l'argenterie et la porcelaine de Sèvres d'une famille de vieille noblesse tombée dans la dèche. On règle l'addition avec un petit sourire gêné, on se lâche complètement sur le pourboire, parce 15% de 10 euros, ça paraît vraiment mesquin.

Un jour, j'ai vécu le contraire : "l'enfer capitaliste" : c'était en Tchécoslovaquie, juste avant la Révolution de velours, au début des années 90, je crois. On était obligé de changer 20 dollars à l'aéroport, après on était libre de changer au marché noir. Et là, on vous donnait six ou sept fois la mise. On se retrouvait avec une cargaison impressionnante de billets un peu dégoûtants (physiquement, pas moralement, car on sentait qu'ils étaient passés auparavant par des milliers de mains plus ou moins propres). On se sentait odieusement riche, ce qui est une sensation merveilleuse quand on ne l'est pas vraiment. On avait envie de tout acheter. L'ennui, c'était qu'il n'y avait rien à acheter. Mais alors rien de chez rien. Le dernier jour, je m'étais retrouvé avec des liasses de billets inutiles, alors le soir, je suis allé au Club T, une boite vaguement homo (essayez d'imaginer une boite homo à Prague à cette époque et, si vous y parvenez, vous allez avoir envie de vous tirer une balle dans la bouche, ou pire : envie de devenir hétéro!). Là, j'ai joué les princes russes, j'ai payé à boire à tout le monde. J'ai fini copain comme cochon avec deux gouines est-allemandes ! C'est vous dire si j'étais bourré ! Il s'en est fallu de peu que je finisse au pieu avec elles ! Comme quoi, vous voyez, l'argent, ça peut provoquer bien des horreurs dont Marx n'avait même pas idée quand il critiquait le capitalisme !

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