September 17, 2008

Le sida comme ambition

J'ai terminé hier soir le livre de Tristan Garcia, "La meilleure part des hommes". C'est assurément un bon bouquin sur le plan littéraire. Je l'ai dit, c'est un roman à clefs, dont la plupart ouvrent des portes déjà entrouvertes. Il n'est pas difficile de coller ici et là un nom connu, même si l'auteur pourra toujours se défendre légitimement d'avoir voulu dessiner le portrait fidèle de tel ou tel. Mais, en gros, les personnages correspondent à des personnes.

Cela ne me gêne pas vraiment. Je trouve que c'est plus embarrassant pour ces personnes, car on se rend vite compte que tous ces règlements de compte, ces haines, ces affrontements n'ont pratiquement aucune importance. Sous l'oeil des caméras, une polémique chasse l'autre. Alors, les insultes, les invectives, les malédictions… On s'en bat l'oeil.

Je trouve assez réussi la description du Sida comme arme de pouvoir, comme chemin d'accès à la réussite. Quand j'étais volontaire à Aides, j'ai rencontré ce que j'appelais à part moi "les professionnels de la maladie", ceux qui s'en sont servi à des fins personnelles. Pas forcément avec l'intention affichée de le faire dès le départ. Non, je crois que ces gens étaient très sincères dans leur engagement. Mais bon, quand on vous offre un moyen d'accélérer votre vie ou votre carrière, il faudrait être un saint pour lui tourner le dos. C'est ce qu'il y a de réussi dans le roman de Garcia et j'attends qu'un jour ou l'autre quelqu'un écrive un livre encore plus incisif sur ce thème. Peut-être Erik Rémès. Dustan aurait pu le faire. Le problème, c'est que je ne vois personne en ce moment pour se dresser contre les gardiens du dogme et soulever ce terrible lièvre. Il est sans doute encore trop tôt. Mais on ne pourra pas y échapper.

Une chose me paraît cependant cruellement absente du livre de Garcia : c'est la sexualité, le désir, le plaisir. On a l'impression que ses personnages se servent de leur sexualité pour arriver à leurs fins. Pour un peu, on aurait l'impression qu'ils se sont convertis à l'homosexualité après avoir évalué que c'était le meilleur chemin vers l'accomplissement d'un destin. Bref, tout cela manque de sensualité. Et même le sexe non protégé - qui recouvre à mon sens autre chose qu'un jeu terrible avec la mort - est esquivé. Le narrateur du livre étant une narratrice, on pourrait presque se demander si Tristan Garcia est réellement un homme, homosexuel de surcroît.

Ceci dit, il n'y a aucun doute que le livre sera un succès. Reste à savoir maintenant si Garcia saura être aussi médiatiquement incorrect et polémiquement efficace que Dustan.

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Commentaires sur Le sida comme ambition »

September 18, 2008

Emmanuel @ 9:59 am

Je partage votre point de vue : il n'y a pas de sensualité et pas non plus d'enjeu, de nécessité, d'implication personnelle derrière tout cela. C'est bien écrit, bien composé, mais un peu vain. On a l'impression que l'auteur est un petit malin qui a cherché le bon créneau, un sujet accrocheur pour de grands débuts en littérature (avec la polémique en prime pour doper les ventes : voir la réaction de Finkielkraut qui n'a pas eu de mal à se reconnaître derrière le personnage de Leibowitch…). Les personnages sont des "types", sans chair ni véritable personnalité : c'est une belle construction que rien n'habite (sans mauvais jeu de mots).

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