August 31, 2010
Les mots de ma mère
Hier, pour faire comprendre à un client ce que je pensais de la rémunération qu'il me proposait, j'ai dit spontanément : "C'est vraiment travailler pour le roi de Prusse !" Il y avait à peu près un siècle et demi que je n'avais pas employé cette expression. Ma mère en raffolait. Elle faisait partie de son imagerie de base. On pourrait y ajouter : "Tu sais, je ne suis pas Rothschild !", devenue, avec l'ouverture au monde : "Je ne suis pas Rockfeller !" Ma mère avait de ces expressions lourdes, dont je crois avoir déjà parlé : quand ça n'allait pas, elle en avait "gros sur la patate" de se "saigner aux quatre veines" pour des gosses aussi ingrats, au point d'avoir envie parfois "de se crever la paillasse" ! Pour moi, c'étaient des expressions populacières, que je qualifiais avec mépris de "mots à 12°5", même si la phase pendant laquelle ma mère prit la bouteille en affection ne dura pas très longtemps.
Il y a pas mal d'expressions, comme ça, qu'on laisse tomber au fil des modes, et c'est un peu dommage. A terme, elles se pervertissent, car les gens en ont oublié le sens premier. Je me souviens d'une copine qui disait que "le feu n'en valait pas la chandelle", ne voyant pas ce que le "jeu" pouvait avoir à faire avec une bougie.
Mais enfin, rassurez-vous, je suis là, gardien du musée des mots de ma mère - qui sont aussi les maux de ma mère.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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