August 17, 2010

Les rentiers de la haine

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J'avoue avoir hésité à écrire ce post. On va dire que je m'acharne, mais l'exaspération en moi ne cessait de croître, alors autant la laisser sortir.

Il y a des gens qui vivent dans la haine : les racistes, les antisémites, les homophobes. Il y en a d'autres qui vivent pour la haine : les fascistes, les skins. Mais il y a aussi ceux qui vivent de la haine : ce sont les victimes professionnelles. Ceux qui n'existent qu'à travers la haine qui s'exprime envers eux.

J'en veux pour témoin un certain footballeur dont j'ai déjà parlé, qui prétend être le seul footballeur professionnel homosexuel. Ce qui n'est nullement avéré. D'autres, plus malins ou plus prudents parce qu'un peu plus doués et donc promis à un vrai avenir de pro, se taisent sûrement. Au mieux, il est seul à avoir fait son coming out. Que personne ne lui demandait faire. Qui n'intéressait personne et qui n'apportait rien à personne : un coming out, pour être utile, doit être exemplaire, il doit provenir de quelqu'un que l'on imaginait à cent lieues d'être gay, ou dont l'homosexualité avouée vient combattre un cliché qui a la vie dure. Par exemple, Gareth Thomas ou Ian Roberts, des rugbymen.

Le footballeur en question, depuis son coming out, se répand un peu partout en racontant la haine dont il est l'objet. Mais il faut être bien naïf ou bien con pour s'imaginer qu'on puisse se proclamer pédé dans le monde homophobe du foot et ne pas en pâtir. Il faut donc avoir le courage de son aveu. En accepter les conséquences. Que les insultes soient intolérables, je suis aussi bien placé que lui pour le savoir : entre quinze et dix-sept ans, si j'avais touché 50 euros chaque fois que j'entendais "Tapie tapette !", je serais à l'abri des vicissitudes financières. Mais on ne peut pas vivre dans la haine, si l'on n'est pas soi-même raciste ou homophobe.

Notre footballeur a écrit un livre. Pourquoi pas ? Toute expérience est bonne à connaître. En outre, cela lui permet de faire un second coming out, comme footballeur, puisque personne, à part ses coéquipiers, ne le connaissait. On pourrait donc penser qu'il a enfin réglé ses comptes et assumé ses choix. Mais non, régulièrement, tous les trois mois, il nous ressort un sms, ou un mail, ou un article dans lequel un ancien coéquipier, ou un ancien entraîneur, continue à le traîner dans la boue. Et quelques professionnels de l'homosexualité, braves gars, embrayent, relayent, se font écho. Cette histoire dure depuis au moins un an, peut-être plus. Elle concerne un club de cinquième division.

Remarquez, d'un sens, comme dirait Thérèse, cela se comprend. Je ne sache pas que Laurent Blanc ait songé à lui pour forger sa nouvelle équipe de France. Ni qu'aucun club professionnel ait tenté de l'approcher. Je gage que, au fil des mois, l'intérêt va être difficile à entretenir. Mais je lui fais confiance. Il y a des gens, comme ça, qui savent percevoir les allocations auxquelles ils n'ont plus droit.


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