September 9, 2009
Mon père, ce héros…
J'ai regardé hier soir un doc assez percutant sur le 11 septembre. J'ai été frappé par les regards et les expressions d'incompréhension de tous ces Américains qui n'ont jamais connu la guerre sur leur sol et n'en ont jamais entendu parler (comme moi, par exemple) par des gens de leur famille qui l'avaient vécue. Pearl Harbour, c'est loin, et ce n'est pas tout à fait l'Amérique. En soi, cet événement a constitué une leçon qui sera peut-être profitable : eh oui, ça ressemble à ça, un bombardement, même lorsqu'il s'agit d'une frappe chirurgicale.
Ensuite, il y avait un autre doc sur les "héros du vol 93". J'ai craint un instant qu'il s'agisse d'une nouvelle reconstitution filmée, mais Dieu merci, non. Je comprends qu'en ce jour où ils ont été profondément humiliés, les Américains aient ressenti le besoin de se trouver des héros, mais ces docufictions sont souvent navrants de complaisance. Ce doc, construit à base de témoignages, ne l'était pas moins, et pourtant il était authentique du début à la fin. Ce qui, à mon avis, ne l'était pas, c'était la mémoire des témoins. A les entendre, ceux des leurs qui sont morts et qui, apparemment, se sont révoltés de manière à écraser l'avion en rase campagne, ceux-là étaient tous de la matière dont on fait les héros. "C'était un mari et un père formidable, tous ses amis l'adoraient, au travail, c'était un leader spontané, je suis certaine que c'est lui qui a déclenché la rébellion", disait une femme. "Dès qu'il parlait, tout le monde l'écoutait. Quand il n'était pas là, tout le monde demandait après lui. Il avait le sens du commandement et le goût de prendre des décisions, c'est sans doute lui qui a eu l'idée d'attaquer les terroristes ", disait une mère. "Toute sa vie, il a oeuvré pour les autres. Dès son enfance, il avait décidé de consacrer sa vie à la planète, à son avenir, aux enfants du monde. Il n'a pas dû supporter cette violence et il a entraîné les autres passagers derrière lui ", disaient des parents. Bref, rien que du héros pur jus attendant pendant toute sa vie de rencontrer l'événement qui va faire jaillir cette nature de chef, cette âme de leader charismatique. Bon, je comprends la motivation de ces gens. Un héros est toujours un peu moins mort qu'une victime : il reste le souvenir d'un ultime acte de courage. Et dans le doc, au fond, c'était cela le plus intéressant, cette volonté nécessaire, vitale de transformer un père, un mari, un frère, un fils en quelqu'un de "bigger than life". Tellement américain…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Mon père, ce héros… »
Les américains adorent les clichés bien corrects politiquement, et lacrymogènes. Trop de soap operas et voilà le résultat. Tout ça n’arriverait pas si les gens lisaient de bons livres, plutôt que de se vautrer devant la télé, ne crois-tu pas?