January 28, 2010
Nazi et fier de l'être !
Hier et avant-hier, j'ai revu Shoah sur Tempo. Quarante ans après sa sortie, le film garde sa force intacte.
Le plus répugnant, dans cette histoire, c'est la lâcheté des bourreaux survivants. Certains vous offrent la mine discrètement réjouie d'un petit commerçant qui a fait une bonne saison estivale en commentant ses résultats : "Ah oui, là, sur le Juif hongrois, on a su répondre Présent…" ; d'autres, la majorité, écoutent leur interlocuteur avec un air presque ébaubi devant tout ce qu'il leur raconte. On sent bien que ces braves gens ne savaient pas que lorsqu'ils dirigeaient un train vers Tréblinka, c'était vers la mort. Ou que lorsque le ghetto de Varsovie se vidait sous leurs yeux de 5000 habitants chaque jour, c'était en vue d'une extermination de masse. On les devine prêts à s'exclamer : "Oh la la ! Mais qu'est-ce que vous me racontez là ! Mais quelle horreur ! Et qui a fait ça, selon vous ? Il faut prévenir la Gestapo, elle arrêtera les auteurs !" Les plus conscients - on n'ose pas dire les plus honnêtes - tentent d'échapper au regard qui les questionne. Ils ont de ces petites expressions de visage qui correspondent à des petites expressions de langage : "Ben oui, que voulez-vous, c'est la vie… Ca peut pas être drôle tous les jours… C'était un sale travail, mais il fallait bien que quelqu'un le fasse… Vous savez, on n'est pas toujours maître de ses choix… Ce que c'est que de nous autres, quand même… Oui, je sais bien, les enfants aussi. Mais enfin quoi, on ne pouvait quand même pas les séparer leurs parents, on n'est pas des monstres…"
Quand je vois ça, je me dis que j'aimerais bien un jour (mais c'est rapé à présent, ils sont tous trop vieux et trop gâteux) tomber sur un type qui dise : "Oui, et alors ? On n'aimait pas les Juifs, c'était la guerre, on allait pas nourrir des bouches inutiles ! On aurait pu les laisser mourir de faim, je sais, mais bon, on n'est pas des monstres, on a préféré les liquider en groupe ! Ah ça, je vous jure, on a pas chômé ! Croyez-moi, on était pas des fainéants, à l'époque ! Les 35 heures, on les faisait en deux jours ! C'était un autre temps, d'autres moeurs ! Croyez-moi, aujourd'hui, vous trouveriez personne pour faire un boulot pareil ! C'était dur, et pourtant, on a eu des moments de franche rigolade ! Je me souviens, un jour…"
Oui, je crois que je préfèrerais presque ça. Mais aujourd'hui, si Hitler vivait encore et si on lui faisait un procès, il vous dirait, par avocat interposé : "Certes, mon client a pu, ici ou là, laisser transparaître une certaine hostilité vis-à-vis des Juifs… Mais c'était l'époque qui voulait ça… Et puis, toutes ces phrases racistes que vous venez de citer, elles sont sorties de leur contexte…"
Et quand on pense que dans la Région Languedoc-Roussillon, des milliers de cons s'apprêtent à réélire une ordure au Conseil Régional… On n'apprend rien.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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