Juste après avoir dévoré un excellent polar sud-africain ("L'âme du chasseur", de Deon Meyer), je me suis attaqué à ce que je pensais être une friandise, un petit roman d'à peine 150 pages, "Les jolis garçons", de Delphine Le Vigan, une auteure dont j'ai entendu récemment parler. Le titre, vous en conviendrez, avait tout pour me plaire. Seulement voilà, à peine avais-je lu dix pages que je me posais des questions qui n'avaient rien à voir avec le livre, ou du moins avec ce livre. Brusquement, je me suis rendu compte que depuis Sagan, je n'avais rien lu, sous la plume d'une femme, qui trahisse l'amour profond et absolu des hommes. Rien qui puisse rivaliser avec sa lucidité, sa sensualité, sa complicité, et surtout sa profonde indulgence pour leurs petits travers et leurs gros défauts. Ou l'on a droit à des viragos, qui semblent navrées de n'être pas lesbiennes et qui trempent leur plume dans leur vagin (Millet, Despentes, Angot), ou à des rédactrices d'Elle ou de Marie-Claire qui se sentent brusquement pousser la vocation de romancières et trempent leur plume dans le sirop (Gavalda, Pancol). Pour ne rien dire de Nothomb, qui trempe sa plume dans le vide. Dans aucun de ces livres on ne rencontre de mecs susceptibles de nous séduire - et je suis bien placé, on l'admettra, pour me laisser séduire par un mec, pas seulement exciter, comme par notre ami en photo aujourd'hui. Chez Sagan, les hommes rient doucement dans l'ombre en contemplant une femme qui se fait belle pour eux, sifflotent un air de Glenn Miller tout en sirotant un scotch hors d'âge. Ils ont des mains faites pour caresser les visages et les volants, les enfants et les chats, les couvertures de beaux livres et les touches de paino. Ils ont des yeux plissés par leurs nombreux fous rires, leurs innombrables orgasmes, les heures au soleil, leurs nuits blanches et leurs petits mensonges. Quel gay n'est pas tombé amoureux des hommes à travers le père de Cécile, dans "Bonjour Tristesse" ? J'en mets un seul au défi de s'amouracher des héros de nos plumitives. Elles ont le désir comme l'écriture, sèche, âpre, rugueuse. Tellement obsédées à nous faire détester les défauts des hommes qu'elles sont incapables de nous faire aimer les leurs propres.
Bon, d'accord, je ne suis pas un fan de la littérature féminine per se. Pourquoi le serais-je ? Elle est trop typée pour m'intéresser et me plaire, comme la mienne est trop typée pour plaire largement au-delà du cercle de quelques gays cultivés, raffinés et intelligents, ainsi que quelques inconditionnelles. Mais après tout, j'aime Colette, Jane Austen, Doris Lessing, Nadine Gordimer, Marguerite Yourcenar, Mary McCarthy - et ma plus récente découverte littéraire est une femme américaine : Joyce Carol Oates. Alors n'espérez pas m'entendre plaider coupable !