January 15, 2012
Luc Chatel le prudhommesque
Luc Chatel est un ministre déroutant. Souvent, quand on le regarde, on se demande s'il n'est pas un peu simplet : il a le regard très peu mobile, comme les personnages de dessins animés qui viennent de recevoir une enclume sur la tête. Il a aussi un demi-sourire, comme les gens bien élevés qui ne comprennent pas un mot de ce qui se dit autour d'eux. Et puis il parle, et parfois c'est plutôt intelligent ce qu'il dit. Ou du moins, pas tout à fait stupide. Mais bon, je rappelle quand même aux distraits qu'il siège aux côtés de Nadine Morano et de Frédéric Lefèvre , ça ne met pas la barre bien haut.
Aujourd'hui, Luc Chatel nous en a sorti une bien bonne, dont il a le secret : "Un jour, le mariage homosexuel sera légalisé…" Bigre, quel talent de prédiction ! C'est un homme qui voit loin, pour qui l'avenir est un livre ouvert, le futur n'a aucun secret pour lui. Mais bon, je rappelle quand même aux distraits qu'il est ministre aux côtés de Roselyne Bachelot, la femme aux 94 millions de doses de vaccins contre la grippe H1N1, ça ne met pas la barre bien haut.
Finalement, ils vont nous manquer tous ces gens-là. Quand ils auront disparu, on sera obligé d'écouter Rires et Chansons.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
J'ai du mal, je l'avoue, à me scandaliser devant cette vidéo montrant 4 soldats américains, 4 gros cons, en train de pisser sur quelques Talibans morts. OK, ce n'est pas très fair play de pisser sur quelqu'un que l'on vient d'abattre, mais franchement, le plus scandaleux est fait : le mec est mort. Je suis sûr que les pisseurs eux-mêmes, si on leur proposait l'alternative : ne pas se faire pisser dessus une fois morts ou se faire pisser dessus mais ne pas mourir, leur choix serait vite fait. En dehors du fait que les jeux de pisse peuvent se révéler très excitants avec quelqu'un qui vous plaît, pisser sur un adversaire mort est souvent une réaction davantage inspirée par la peur que par la haine.
L'homosexuel militant que je suis - est-il besoin de rappeler mon engagement déterminé en faveur du mariage gay et du droit à l'adoption ? - ne peut que se réjouir de voir l'armée américaine adopter l'une de nos traditions folkloriques les plus sympathiques : la golden shower. Je me permets cependant de rappeler aux jeunes recrues de l'US Army que ce jeu se pratique entre adultes consentants, et surtout vivants.
D'accord, je suis sourd de l'oreille gauche depuis l'adolescence (ce qui fait que, depuis 45 ans, je n'entends qu'une connerie sur deux). Quand je marche dans la rue avec quelqu'un, je suis constamment obligé de me placer à sa gauche, ce qui me contraint parfois à des chorégraphies étranges qui troublent mon co-déambulateur. Je négocie avec les maîtresses de maison une place précise à table. Bref, j'ai pris l'habitude de vivre avec, et j'ai même fini par savoir à peu près lire sur les lèvres. Je préfère l'opéra à un concert, parce que l'action sur scène me permet de ne pas me concentrer comme un fou sur le son, ce qui est très fatigant à la longue. Je n'ai jamais pu entrer dans une discothèque où la musique joue à donf qu'à demi bourré, parce que l'alcool m'empêche de faire trop attention aux décibels environnants.
Les habitués de ce blog le savent, je ne suis pas de ceux qui placent le physique masculin au-dessus de tout. Pour me plaire, un garçon n'a pas besoin d'être très beau, ou très musclé, ou très viril, il suffit qu'il soit beau, musclé et viril. Alors autant vous dire que hier soir, en regardant les deux premiers épisodes de Camelot, une nouvelle série historique anglaise, j'ai été plutôt déçu en découvrant l'acteur qui jouait Arthur jeune. Une espèce de blondinet aux cheveux filasse, avec de vilaines dents de lapin, des yeux étroits et trop enfoncés, et surtout un corps étique, avec des bras épais comme des baguettes de pain et des jambes à prendre un bain de pied dans un fusil à deux coups. On a du mal à l'imaginer tenant son épée, même à deux mains. Tout le contraire d'Arthur jeune tel que je l'imaginais. Parce que, pour moi, Arthur vieux, c'est quelqu'un dans le genre de Sean Connerry et, si j'en crois le théorème de Pitangui, "pour être beau quand on est vieux il faut avoir été très beau quand on était jeune", théorème dont je constitue, pour ceux qui me connaissent, un vivant exemple.
Je trouve assez étrange, pour ne pas dire bizarre, que sur aucune chaîne commentant le classement des Français les plus populaires, chacun souligne le fait que les trois premiers sont deux Noirs et un Arabe, ou que sur les trois premiers deux sont musulmans, mais personne ne remarque que les 4ème et 5ème sont juifs. En tout cas personne ne le dit. Comme s'il n'était plus politiquement correct de mettre en avant le fait qu'un Français soit également juif. Ou alors, ça veut dire qu'un Juif est tellement un Français qu'on ne remarque même pas qu'il est juif. Ou encore, ça veut dire qu'il est bon de souligner que, malgré le racisme anti-arabe et anti-noir d'une partie de sa population, la France aime bien ses Noirs et ses Arabes, quant à ses Juifs, elle les aime tellement qu'elle a totalement oublié qu'ils étaient juifs.
Je suis de ceux à qui il suffit de montrer quelques plans de scènes tournées autrefois dans un "shtetl" d'Europe de l'est pour être envahi par une puissante nostalgie, d'autant plus étrange qu'elle se réfère à un monde que je n'ai pas connu (j'en profite ici pour rétablir une vérité historique : non, je n'ai pas perdu mes cheveux en 1945 suite à un comportement répréhensible avec les forces d'occupation). Chaque fois que je vois un groupe de Juifs orthodoxes entourant leur rabbin et souriant à la caméra, je pleure ce monde exterminé et incinéré.
Hier, je déambulais dans les rues de Saint-Denis, de cette démarche souple et féline qui avertit mes proies que leur prédateur est sur leurs traces, quand je suis tombé sur une nouvelle pâtisserie. Jusque là, rien que de banal. Sauf le nom : "Lë Lys Sucrée". Curieux comme je le suis, j'entre et j'interroge. Pourquoi le tréma sur le e ? m'enquis-je. La jeune vendeuse, qui a l'air plutôt futée, me répond que c'est un rappel discret de la langue créole. Ah bon ? Depuis quand le tréma est-il une allusion à une langue orale qui ne s'écrit pas - ou du moins qui ne s'écrivait pas jusqu'à il y a quelques années où des créophiles ont décidé de le faire - l'ennui, c'est qu'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord sur une graphie définitive et pour l'heure il en existe déjà trois. Mais bon, admettons… Maintenant, pourquoi Sucrée alors que Lys est masculin ? C'est, me dit-elle, pour bien indiquer qu'il ne s'agit pas de la fleur, mais d'une pâtisserie baptisée Lys, et comme pâtisserie est féminin… Je veux bien, mais il s'agit quand même d'un gâteau, et gâteau est masculin, alors… Elle me fait remarquer que l'avantage de cette orthographe fantaisiste est, au moins, de faire parler d'elle. Le publicitaire en moi lui fait remarquer que le public se méfie des marques qu'il n'est pas sûr de prononcer correctement et s'en détourne.
Hier soir, sur M6, j'ai regardé une émission qui donnait carte blanche à Elie Semoun. C'est un comique que j'aime plutôt. Il avait invité d'autres comiques que j'aime plutôt : Djamel, Ari Habitan. D'autres que j'aime plutôt pas : l'épouvantable Anne Roumanoff, "la comique préférée des Français", ce qui équivaut à une dénonciation. A priori, la Roumanoff exceptée, on était en droit de penser qu'on allait rire. Eh bien non ! Car les comiques ne s'additionnent pas, ils s'annulent. On leur écrit des sketches spécialement pour ce genre d'émission, ils n'ont pas vraiment le temps de les apprendre, ni de les répéter, et donc ils sont mauvais. Je ne répéterai jamais assez que la qualité fondamentale d'un comique, c'est d'être un bon comédien. La preuve, regardez Bigard ou la Roumanoff ou Chevalier/Laspalles : ils n'ont jamais fait de film, ou alors il vaut mieux oublier celui qu'ils ont fait, la charité chrétienne nous y invite.
Je peux me tromper - cela m'arrive, même si ce n'est pas plus souvent que deux fois sur deux, voire trois fois sur trois - mais j'ai l'impression que Nadine Morano est en train de creuser sa tombe. Bien entendu, quand il s'agira de jeter la première pelletée sur son cercueil, c'est Sarkozy qui s'en chargera. Il va bien finir par comprendre que celle qu'il incite volontiers à sauter à la gorge des journalistes et de ses adversaires va lui attirer des ennuis. Elle commence à fatiguer son monde, la Nadine. On l'invite encore sur les plateaux, parce que, avec elle, c'est l'ambiance assurée, seulement on mesure de plus en plus que c'est une attraction qui plombe l'ambiance. Comme le cousin raciste ou le tonton péteur. Son numéro ne fait plus rigoler personne. La grosse tornade blonde qui se précipite sur les micros pour donner son avis sur tout et sur rien - et souvent, son avis sur tout n'est rien - les journalistes eux-mêmes commencent à en avoir par-dessus la tête. Qui, aujourd'hui, peut bien avoir envie de débattre avec elle ? Personne. Même Marine Le Pen serait plus prenable, puisque elle, il lui arrive de réfléchir. La Nadine, elle, elle n'écoute personne, pas même elle-même, parce que si elle s'écoutait, elle se couperait la parole et finirait par ne plus se parler - ce qui nous ferait des vacances. Il fut un temps où elle a certainement servi Sarko : c'était la voix de son maître. Mais aujourd'hui, ce qu'elle véhicule, c'est une forme de bêtise en action, une connerie intarissable, une sottise dont on ne voit plus la fin, et surtout un comique à répétition. Quelqu'un que l'on n'a plus envie de voir et d'entendre - et le meilleur moyen de la faire taire et disparaître ne serait-il pas de chasser celui dont elle est la créature maléfique ? Car à force de donner de la voix, elle va lui en faire perdre, à Sarko.