November 2, 2009
Paris sera toujours Paris !
J'ai beau y venir depuis des années maintenant, et plusieurs fois par an, il y a toujours un détail, qui ne change pas à Paris, et qui me surprend chaque fois : la timidité des beaux garçons gays musclés qu'on croise dans les saunas. Après toutes ces années, ils continuent à ne pas oser m'aborder. Je les vois qui tournent autour de moi pendant des heures, détournant le regard quand je les croise, incapables d'en supporter l'éclat conquérant, et préférant faire comme s'ils ne m'avaient pas vu, comme si je n'existais pas. C'est assez amusant, un peu enfantin et dérisoire, mais aussi un peu agaçant parfois. Car cette timidité maladive s'accompagne d'une pudeur farouche qu'on s'atteindrait davantage à trouver chez une pucelle de 14 ans plutôt que chez un garçon athlétique et viril de 24 ans : si, pour leur faciliter les choses, je décide de les aborder, aussitôt ils rougissent, ils bafouillent, ils regardent dans tous les sens, ils amorcent un geste pour me repousser (alors qu'ils n'ont qu'une envie, m'attirer vers eux), et finalement ils s'esquivent, la queue entre les jambes, confus, déconcertés, bouleversés, un peu amers aussi. Je m'étonne vraiment qu'avec les années, ces mecs ne soient pas devenus plus audacieux. J'y vois une explication très simple : ils n'ont pas lu mes livres. S'il les avait lus, ils sauraient à quel point j'aime les garçons qui leur ressemblent, et alors ils bondiraient sur moi avec un grand fou rire et un soulagement indicible. Je commence à envisager de leur envoyer un exemplaire gratuit de mon prochain livre. C'est vrai, quoi, c'est bête, à la fin, ce désir fou de part et d'autre qui n'ose pas passer à l'acte !
D'autres qui n'osent pas passer à l'acte avec moi, ce sont les jurés Goncourt. Ils vont attribuer leur prix aujourd'hui et j'ai remarqué que je ne figurais pas dans la liste des Goncourables. J'ai cru à une erreur et j'ai appelé le restaurant Drouant, qui m'a confirmé que la série de Dolko ne figurait pas parmi les lauréats potentiels. Aussi surprenant qu'inexplicable. Je m'interroge. Erreur de frappe d'une secrétaire négligente ? Distraction de mon éditeur qui a omis de leur envoyer un exemplaire ? Honte de certains jurés qui redoutent ainsi d'afficher leur homosexualité ? Les explications abondent, parmi lesquelles je ne saurais pourtant retenir l'absence de talent et la trivialité du sujet. Encore un mystère…
Décidément, je vais écrire un livre que j'intitulerai : Les Mystères de Paris. Pas mauvais, comme titre…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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