February 1, 2008
Pré-mortem 2
Je viens de relire un texte assez court intitulé Refuges, que m'avait suggéré d'écrire Michel Braudeau pour publier dans la NRF, à l'époque où j'ai été édité chez Gallimard (le summum et l'abyssal de mes expériences éditoriales!). Il l'avait finalement refusé en me disant avec un ricanement stupide: "On voit où vont vos convoitises!" J'avais trouvé cette remarque inappropriée, d'autant que le texte, s'il ne dissimule rien de mes préférence sexuelles et esthétiques, reste d'une pudicité irréprochable - surtout en comparaison du Fils de Jean. Ce jour-là, j'avais senti, sans oser me le dire, qu'il y avait un fossé entre moi et cet homme dont j'avais espéré qu'il serait mon mentor dans la littérature. Je crois qu'en fait, en lisant le manuscrit du Fils de Jean il m'avait imaginé tout à fait différemment, plus à sa convenance, un garçon un peu fragile et écorché vif, cultivé et discret. Il ne s'était pas attendu à voir un bear baraqué, un peu emprunté, surgir dans son minuscule bureau de la rue Sébastien-Bottin (j'adore utiliser cette périphrase pour dire Gallimard, elle n'est claire que pour les happy few!).
Je viens de relire ce texte et je me dis que Braudeau a eu tort. Et pas seulement sur le texte en fait ! Gallimard s'est révélé mon expérience éditoriale la plus navrante, même si elle est la plus glorieuse. J'ai compris à cette époque que ça ne marcherait jamais pour moi dans le monde de la littérature. J'en ai éprouvé un chagrin qui dure encore mais dont je ne peux parler à personne, car dès que je l'exprime, je m'entends dire par mes interlocuteurs : "Non mais, tu te rends compte, être édité chez Gallimard !" Oui, bon, et alors ? Etre le dernier chez Gallimard est une expérience que je ne souhaite à personne !
J'aime beaucoup l'aspect naturel du garçon au short rouge ! 
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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